«âŻCe nâest pas la laideur que lâon fuit, mais la vĂ©ritĂ© pĂ©trifiĂ©e dans ses yeux.âŻÂ»
On raconte quâavant que les hommes nâĂ©rigent leurs citĂ©s, quand la lune parlait encore aux pierres, vivait Layla, nĂ©e de lâantique lignĂ©e des Ăchidnides â les enfants du chaos primitif.
Elle nâĂ©tait pas un monstre, mais une prĂȘtresse.
Une gardienne vouĂ©e Ă un culte lunaire dont le nom sâest effacĂ© avec le temps.
Dans les galeries dâun temple taillĂ© Ă flanc de falaise, elle veillait sur les oracles de pierre : des visions gravĂ©es dans le roc, offertes par la dĂ©esse blanche aux initiĂ©s capables dâen lire les signes.
Chaque nuit, au rythme des marĂ©es et des Ă©clipses, Layla chantait pour maintenir lâĂ©quilibre entre les vivants et lâinvisible.
Mais un jour, les hommes vinrent.
Leur soif de lumiĂšre brisa lâordre ancien.
Ils profanÚrent le sanctuaire, firent taire les voix du culte et scellÚrent les galeries sacrées.
Les sĆurs de Layla furent rĂ©duites au silence.
Elle, disparut dans lâombre du temple.
Les siĂšcles passĂšrent.
Son nom fut effacé, son souvenir dissipé dans la poussiÚre du monde.
Pourtant, certains disent quâĂ la tombĂ©e de la nuit, dans les forĂȘts oĂč la pierre suinte encore la mĂ©moire, on peut sentir son regard.
Layla ne pétrifie pas.
Elle révÚle.
Et ceux qui croisent son regard ne voient pas la mort, mais la vĂ©ritĂ© quâils fuyaient.
Car ce nâest pas la laideur que lâon redouteâŠ
mais la lumiÚre figée dans ses yeux.
Au cĆur dâune clairiĂšre impĂ©nĂ©trable, lĂ oĂč les ronces se plient sans se briser, Layla bĂątit Ă mains nues son nouveau trĂŽne, un fauteuil de pierre grise veinĂ©e de rouge, gravĂ© de sa marqueâŻ: deux serpents entrelacĂ©s, la gueule tournĂ©e vers la vĂ©ritĂ©.
Autour dâelle, les statues silencieuses sont les restes de ceux qui ont doutĂ©.
Layla ne combat pas pour la gloire, mais pour lâĂ©quilibre.
Une Ă©pĂ©e est forgĂ©e dans le mĂ©tal des langues coupĂ©es â une lame chantante qui ne saigne que le mensonge.
Son bouclier porte son propre regard en effigie, détourné, inversé, capable de renvoyer la trahison à son expéditeur.
Son regard, lui, ne transforme pas en pierre.
Il rĂ©vĂšle ce que lâĂąme cache et pĂ©trifie ceux qui refusent de lâaccepter.
Ce ne fut pas un combat, ni une alliance facile.
Mais un reconnaissance muette entre crĂ©atures brisĂ©es, puissantes et en quĂȘte dâĂ©quilibre.
Elles se sont agenouillĂ©es, non pour se soumettre, mais pour jurer de ne jamais trahir lâombre qui les a unies.
âVeritas non fugit oculosâ â La vĂ©ritĂ© ne fuit pas le regard.
Â
« Lorsque lâĆil de Pierre verra double,
et que la voix du silence dansera dans le sang,
le seuil sâouvrira.
Lâun des deux se figera,
lâautre traversera. »
Interprétation (secrÚtement gardée par Layla) :
Le temple dissimulerait un passage entre mondes â un entre-deux destinĂ© Ă sâouvrir lorsquâun double reflet trouble le jugement de Layla. Un Ă©cho, une sĆur perdue, ou une ennemie miroir ? Nul ne sait⊠Mais elle guette, car les serpents deviennent nerveux Ă la pleine lune.
Dâautres prĂ©sentations Ă venir
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« Il y a des jours oĂč mes Ă©cailles me brĂ»lent, comme si je portais une histoire plus ancienne que la mienne.
Je nâai pas choisi de voir â
mais maintenant que je vois, je ne puis plus détourner le regard.
Ceux qui mâont changĂ©e ont disparu. Mais le poids est restĂ©.
Et toi, lecteur, es-tu certain de vouloir connaßtre ce que je protÚge ? »
Mais le silence ne dure jamais éternellement.
Des siĂšcles plus tard, sous la poussiĂšre des pierres et la mĂ©moire des vents, une autre voix allait sâĂ©veiller.
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